Tokyo Idols – Enfance v(i)olée

On dénombre actuellement environ dix-mille Idols au Japon. De (très) jeunes filles autour desquelles gravite une industrie générant désormais un chiffre d’affaires d’environ un milliard de dollars par an. Une part non négligeable du secteur du divertissement japonais donc, aussi rentable et lucrative qu’ambigüe et hypocrite.

Hypocrite dans sa propension à entretenir l’illusion de rêves éveillés, pour ces fillettes propulsées sur le devant de la scène telles des poupées lisses et d’une absolue pureté qui dans le même temps, et ce quels que soient leurs ambitions ou leurs projets, sont déscolarisées, sont autant isolées que leur vie est partagée en ligne aux fans prêts à payer chèrement ces instants d’intimité…

… avec des enfants et des adolescentes entre dix et à peine vingt ans.

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Ambiguë aussi, dans le rapport entretenu avec son public-cible. En aucun cas des enfants du même âge que les Idols : les fans transis de ces dernières sont tous pour la plupart (et dans le meilleur des cas) des trentenaires, des quadras, voire des quinquagénaires.

Des individus souvent immatures émotivement, pathétiques et attachants, vivant par procuration à travers leurs Idols favorites, leurs succès et leurs accomplissements. Le problème restant, in fine, de fantasmer sur des enfants. De payer pour leur serrer la main, geste qui, au Japon, est connoté sexuellement.

Une zone grise tolérée, sinon entretenue par la société japonaise, au sein de laquelle la femme, historiquement et socialement, n’est guère considérée. Aux hommes les leviers de pouvoir et les responsabilités.

« Soit belle, pure, et tais-toi. »

Sur un terrain sociologique complexe et miné, Kyoko Miyake a fait le choix d’exposer les faits sans préjugés. De passer sous silence les conséquences les plus tragiques pour davantage mettre l’emphase sur la psychologie et les réalités sociales des parties prenantes. Ce qui lui a sûrement permis de réussir, avec justesse et confiance, à nous offrir des témoignages précieux à cœur ouvert, la parole libérée, dans toutes leurs contradictions et leur besoin de considération.

Des films capables de sidérer par la qualité du sujet abordé, Tokyo Idols tiendrait sans nul doute le haut du pavé. Et ce, sans se montrer sensationnaliste ou choquant : surprenant, humain et gênant, en revanche ça oui, certainement.

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Film vu dans le cadre du Festival Fantasia 2017.

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