Arizona – Pas de quartier

La crise financière de 2008 et la bulle immobilière sont passées par là. Les acheteurs s’étant saignés jusqu’à l’os pour s’offrir la maison de leur vie (merci le crédit) sont contraints d’hypothéquer tous leurs biens, et se retrouvent à la merci d’agents immobiliers sans scrupules et sans dessein. Les lotissements aux logements aussi solides que du papier à cigarette, désertés par leurs habitants, ressemblent dorénavant davantage à des villages fantômes qu’aux banlieues cossues qui avaient été initialement vendues. Ainsi va la vie en 2009 en Arizona. Mais ne comptez pas sur Sonny pour accepter tout ça. D’ailleurs, Sonny est de ces types auxquels on ne la fait pas. Demandez à son club de golf ou à son pistolet à long canon si vous n’y croyez pas. Une première victime ne tardera pas à en faire les frais. Il faut dire qu’elle l’a bien cherché : quelle idée de vouloir s’approprier sa propriété ? Mais Sonny n’a pas fait exprès. N’a jamais voulu la tuer. Tout comme il ne veut absolument aucun mal à Cassie, employée de la victime, qui a malheureusement tout vu, tout entendu. Elle ne dira rien, c’est juré. Et Sonny la croit. Quoique en fait, ne la croit pas. Sonny est erratique, pathétiquement drôle, (très) bête et extrêmement méchant. Ça, Cassie va vite l’apprendre à ses dépends… 

Pourvu qu’elle s’en sorte ! C’est le plus important. La morale veut que l’on prenne fait et cause pour la gentille, au détriment du méchant. Mais dans Arizona, les frontières sont plus poreuses que cela. Le bourreau reste au fond l’individu face au système, la victime de ce dernier face à son bras armé (d’un stylo, certes, mais tout de même). Et le paradigme d’être renversé. Ainsi, Sonny aura beau se lancer dans une fuite en avant meurtrière aux élans sacrément saignants (qu’on se le dise, Jonathan M. Watson aime le sang), ne faire montre d’aucune pitié malgré ses excuses et, face à l’horreur, sa surprenante lucidité, il ne sera pas de ceux que l’on ne peut que détester. Qu’il soit flippant et taré, c’est gravé. Mais terriblement drôle et jouissif à suivre dans sa vendetta ? C’est plus difficile à assumer, mais pourtant bien le cas.

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Et Jonathan M. Watson d’avoir, dès lors, partie gagnée. Qu’importent un montage et une direction photo estampillés clip façon MTV. Ou la relative frilosité de la mise en scène, sans réelles prises de risques, ni réelle originalité. Pour un premier film, c’était quoi qu’il en soit peut-être trop demander. Mais Watson a de la bouteille, l’expérience du milieu, et s’est ainsi concentré sur ce que le scénario d’Arizona avait de mieux : l’humour corrosif (à l’occasion délicieusement régressif), et un personnage principal fabuleux. Sans retirer au reste du casting le mérite qui lui revient, Danny McBride (acteur, mais aussi humoriste de son état) lui vole la vedette dans un rôle qui, pour lui, a tout du contre-emploi. En archétype du nouveau riche déchu, sous lequel se terre un redneck paranoïaque doublé d’un psychopathe implacable, menteur comme un arracheur de dents, dont on se moque allègrement jusqu’à ce qu’il nous rappelle régulièrement à quel point il sait aussi se montrer terrifiant. Le qualificatif de « comédie horrifique » n’a donc non seulement rien d’usurpé, mais s’avère même tout à fait approprié : outre la violence, l’hémoglobine qui ne manquera pas de couler, Jonathan M. Watson ménage de nombreux instants de pure sidération humoristique, convoquant aussi bien l’absurde de situation et le slapstick, que le verbe ciselé et les dialogues ironiques. Si d’aucuns pourront voir par-delà l’humour (parfois bête, surtout méchant) un propos politique à charge envers une ère Trump au quotidien toujours plus effarant, Arizona résonne davantage comme une satire sans prétention d’une Amérique profondément divisée, ici réunie sous une même bannière : celle d’une bêtise partagée (bien qu’à différents degrés), aux conséquences désastreuses de chaque côté.

Arizona a donc beau posséder tous les atours de la série B sans prise de tête, à regarder le samedi soir entre amis (bières, pizzas, et digestifs compris), ce qu’il a à dire mérite bien plus de considération que ce à quoi l’on pouvait s’attendre de prime abord. L’éternel problème des préjugés : et Jonathan M. Watson de nous prendre la main dans le sac, et de nous donner tort.

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Film vu dans le cadre du Festival Fantasia 2018

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