Henri-Francois Imbert, libre cours – L’allée des souvenirs

Les éditions Playlist Society avaient inauguré en grand leur collection Face B l’an dernier, avec un ouvrage passionnant consacré à Frederick Wiseman, considéré comme l’un, si ce n’est le maître du cinéma documentaire contemporain. Deuxième publication un an après, nouveau saut dans le monde du documentaire décidément fort bien servi, avec un livre prenant cette fois-ci pour sujet Henri-Francois Imbert, notamment réalisateur du primé Sur la plage de Belfast et de No pasaràn, album souvenir, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2003, deux métrages ayant conduit à en faire l’un des noms les plus respectés du milieu. La démarche ayant fait ses preuves avec Frederick Wiseman, à l’écoute, Raphaëlle Pireyre et Quentin Mevel (déjà à l’œuvre sur ce dernier) reconduisent la même segmentation en deux parties  sur Henri-Francois Imbert, libre cours ;  la première consacrée à l’analyse de l’œuvre et des thématiques du cinéaste, la seconde, quant à elle, faisant la part belle à la parole d’Imbert lui-même, sous la forme d’un grand entretien revenant de manière chronologique sur sa filmographie.

henri-francois-imbertUne structure claire et limpide, efficace bien que sans audace marquée, faisant toute la force d’un ouvrage à l’angle d’attaque juste et approprié. Si les explications et l’œil critique de Raphaëlle Pireyre reviennent en détail sur la primauté du temps (suspendu, ou qui, au contraire, s’éprouve, bien vivant) chez Imbert, ainsi que sur la cohérence, film après film, de son travail – avant tout régi par la petite histoire motrice de la grande, par l’humain, l’humilité, et l’empathie envers son sujet -, l’entrevue, elle, s’affirme comme son parfait contrepoint, en mettant davantage en exergue l’importance du hasard et de l’inattendu dans l’approche même de sa mise en scène et de la narration qu’il déploie. Face à l’analyse conduisant par nature Raphaëlle Pireyre à pousser la réflexion plus avant, Henri-Francois Imbert, lui, ramène les enjeux à des conditions plus terre-à-terre, chantre du système D et du processus créatif in situ. Au sens très noble du terme, l’amour d’un cinéma de la bricole, presque prolétaire. Le livre de Raphaëlle Pireyre et Quentin Mevel, à son corps défendant (ce qui ne saurait lui enlever le mérite lui étant dû pour autant), illustre ainsi par l’exemple la complémentarité salvatrice des points de vue, du critique d’une part et de l’artiste-artisan d’autre part, seule finalement à même de proposer une peinture sinon exhaustive, du moins objective d’une œuvre, rappelant au passage qu’avant d’être un art, le cinéma reste en premier lieu un moteur d’échange, de partage, et d’expression. Une piqûre de rappel assénée aux apôtres du « j’ai raison ».

Mais là où libre cours transforme véritablement l’essai marqué par à l’écoute l’an dernier, c’est bien dans sa propension à pleinement rassasier les initié(e)s au cinéma du réalisateur concerné, avec une profondeur d’analyse de premier ordre et des exemples étayant adéquatement la démonstration, tout en se mettant à la portée des profanes, avec une nouvelle fois l’entretien en forme de main tendue, mais plus globalement grâce à une approche didactique fédératrice et jamais rébarbative.

La porte d’entrée désormais grande ouverte, le double des clés entre les mains : Henri-Francois Imbert, libre cours apparaît donc comme un support de choix pour quiconque souhaite s’ouvrir à une vision du cinéma hors des canons. Un cinéma plus intime, loin des égos. Tourné vers l’autre, son histoire, et ses souvenirs. Respectant le passé et son héritage, pour mieux se tourner vers l’avenir.

Une Face B reçue avec un grand A. Rien de moins, et peut-être même un peu plus que ça.

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