Génération Propaganda – À jamais les premiers

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De David Fincher, on connaît évidemment ses chefs-d’œuvre. Seven, Fight Club, Zodiac, The Social Network : autant de productions ayant rebattu les cartes de leurs genres respectifs, prouesses visuelles autant que narratives, où la perfection formelle la dispute à l’innovation technologique permanente.

Une caractéristique devant beaucoup aux débuts de Fincher dans l’industrie, au sein d’ILM (la société d’effets spéciaux créée par George Lucas) notamment, mais aussi à ses expérimentations sur les vidéoclips réalisés dans les années quatre-vingt pour Coca-Cola, Nike, ou Madonna.

Comment, et dans quel cadre ce dernier a pu les opérer, ça, on le savait en revanche nettement moins. C’est là qu’interviennent Benoit Marchisio et son Génération Propaganda.

Car derrière le metteur en scène et le génie visuel se cachait aussi à ses débuts un entrepreneur exigeant, obsédé par la recherche d’un contrôle créatif qu’il estimait primordial pour son épanouissement artistique. Aux côtés de cinq compères, deux producteurs (Joni Sighvatsson, Steve Golin) et trois réalisateurs (Nigel Dick, Dominic Sena, et Greg Gold), animés d’une même soif de cinéma et de création, Fincher va alors cofonder Propaganda Films, société spécialisée dans la production de clips musicaux dont l’irrévérence, les codes esthétiques, l’ambition visuelle vont profondément marquer l’industrie hollywoodienne des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

La petite histoire derrière la grande. Le destin d’un homme derrière celui de nombreux autres. Derrière la vitrine Fincher, l’ascension puis la chute d’une entreprise de « mauvais garçons » qui auront réussis (avec plus ou moins de talent) à réaliser leur rêve, et mettre le tout-Hollywood à leurs pieds.

Un pur sujet de documentaire, dont Benoit Marchisio choisit d’appliquer littéralement la forme à son essai, émaillant son récit d’anecdotes savoureuses et éclairantes, le rythmant par ailleurs par un usage plutôt bien vu de témoignages des protagonistes de l’aventure Propaganda en guise de voix-off.

Riche et très documenté, Génération Propaganda possède néanmoins le bon goût de ne pas noyer son lecteur sous un trop-plein d’informations. Au contraire, Benoit Marchisio offre cent-cinquante pages d’une grande précision, sans inutile ni superflu, la passion à fleur de mots.

Une passion qui n’est bien sûr pas étrangère au plaisir non dissimulé éprouvé en découvrant, souvent avec étonnement, la fascinante destinée de Propaganda Films. Constater à quel point celle-ci aura réussi à influencer de manière équivoque la production cinématographique des années quatre-vingt-dix, tout en ayant été aux sources de productions cultes d’alors (Twin Peaks de David Lynch, Beverly Hills 90210, Bad Boys, The Game), en sus d’avoir également été un formidable incubateur de talents : Michael Bay (Transformers, No Pain, No Gain), Spike Jonze (Her, Dans la peau de John Malkovich), Antoine Fuqua (Training Day), Alex Proyas (The Crow, Dark City), et même Michael Moore (Fahrenheit 9/11) pour ne citer que les plus connus.

On comprend alors d’autant mieux pourquoi Benoit Marchisio choisit de remettre au premier plan la « Génération Propaganda ». Aujourd’hui (malheureusement) oubliée, il est intéressant de constater à quel point cette dernière n’en a pas moins conditionné une grande partie du contenu désormais diffusé sur Internet, tant dans son approche esthétique que dans ses méthodes de production, faites de système D, d’efficacité, et de liberté.

Vidéos YouTube, photos Instagram, publicités et autres spots télévisés : toutes légataires de l’esthétique et des codes entérinés par MTV (célèbre chaîne américaine spécialisée dans la diffusion de contenus musicaux) pendant deux décennies, dont le succès a longtemps tenu au savoir-faire de Propaganda.

De manière plus globale, et ce sous l’impulsion de son vivier de réalisateurs, cette dernière aura aussi largement contribué à définir l’identité visuelle et scénique (désormais aisément identifiables) de nombreux groupes et artistes pop’, comptant pêle-mêle les Guns N’ Roses, U2, Michael Jackson, ou encore Stevie Wonder.

Pour l’industrie du clip musical, celle du cinéma contemporain, Propaganda aura ainsi, plus que toute autre, donné le la.

Une résurgence du passé en guise de Retour vers le Futur, une mise en exergue de l’héritage des « eighties » allant bien au-delà du plaisir nostalgique actuellement à l’œuvre (Stranger Things, Les Gardiens de la Galaxie). Les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix infusent encore et toujours le paysage artistique contemporain : Benoit Marchisio le prouve, la « Génération Propaganda » n’y est clairement pas pour rien.

En résulte un petit pan d’histoire au creux de la main, que l’on dévore d’une traite sans discontinuer. Une lecture passionnante, instructive, autant qu’enrichissante. Une nouvelle réussite à l’actif du collectif Playlist Society, peut-être même leur ouvrage le plus accompli.


Génération Propaganda, Benoit Marchisio, Playlist Society. Sortie le 10 mai 2017.

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