Jean Rochefort – Salut l’artiste

J’ai le respect de l’incongru. Et ce goût pour la culture classique, qui me donne une austérité de fonctionnaire. Vous mélangez, et ça donne un acteur plausible.

Son verbe était haut. Tout comme son amour du bon mot.

Sa démarche et sa gestuelle distinguées avaient achevé de le cataloguer dans la catégorie des acteurs bourgeois. Ce qu’il n’était, bien au contraire, absolument pas.

Jean-RochefortL’élégance chez Jean Rochefort était moins une marque d’arrogance qu’une preuve du respect envers le métier d’acteur qu’il chérissait. Le prix de l’excellence et de l’exigence, surtout sans suffisance.

Rochefort n’aimait rien de plus que le mélange des genres : émouvoir par le rire était la raison d’être de son jeu, une référence sans aucun doute de ce qui se faisait de mieux.

Si Un éléphant ça trompe énormément, Jean Rochefort, lui, ne trompait personne. Son naturel emprunt de malice, son ironie mordante toujours animée d’une sagesse bienveillante ont marqué de leur empreinte des prestations souvent brillantes, toujours attachantes.

« Quand on veut amuser les autres, on se doit d’être douloureux soi-même. » déclara-t-il.

Excellant aussi bien dans la comédie que dans le drame, Rochefort faisait partie des derniers symboles de l’âge d’or du jeu français, aux côtés de ses grands amis Philippe NoiretClaude Rich, Annie Girardot, Bruno Cremer, et bien sûr le savoureux Jean-Pierre Marielle. Un beau pied de nez de la part de celui qui fut recalé au concours du prestigieux Conservatoire de Paris.

jean_rochefort_portraitÉlève médiocre, esprit brillant, Jean Rochefort a toujours assumé le fait de jouer dans un grand nombre de mauvais films afin de financer sa passion des chevaux (qui l’aura même conduit à magistralement commenter l’équitation aux JO), tout en participant également aux projets des plus grands.

Une liberté chère à Rochefort, une sincérité qui aura été tout au long de sa carrière un véritable moteur.

« De temps en temps il y a un copain qui part sans qu’on lui demande de partir, ça commence à être pénible. »

L’éternel véritable Don Quichotte du film maudit de Terry Gilliam, à l’âge de quatre-vingt-sept ans, vient donc de nous quitter, et c’est peu dire que sa douce ironie et son éternelle allure de dandy vont affreusement nous manquer.

 

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