J.J. Abrams ou l’éternel recommencement – Eden hasard

Paul Verhoeven, Michael Mann, Terrence Malick, Tobe Hooper. Le collectif Playlist Society a fait des grands noms du cinéma de genre et du cinéma expérimental les fers de lance de sa collection, dont les ouvrages sont autant de déclarations d’amour envers leurs cinéastes respectifs que d’excellents travaux de synthèse, où la profondeur des analyses ne prend jamais le pas sur un didactisme très poussé.

Nouvelle publication, approche similaire, avec néanmoins une différence de taille : celle de s’attaquer cette fois-ci à un cinéaste controversé, encensé par les uns, honni par les autres.

J.J. Abrams, le créateur de Lost, Alias et Fringe, le réalisateur de Super 8, du reboot de Star Trek, et bien sûr de Star Wars, Episode VII : Le Réveil de la Force, représente ainsi pour les premiers la référence et le gardien de la culture geek au sein du système hollywoodien, quand pour les seconds, il serait davantage au mieux un bon faiseur, au pire un habile opportuniste calculateur.

Dans une approche à la fois documentaire et analytique, Erwan Desbois va, lui, choisir d’élever le débat, en questionnant avant tout le sens de l’œuvre bâtie par Abrams, par le décryptage des thématiques et des obsessions l’animant depuis près de trente ans.

Le libre-arbitre, la résilience, la primauté démocratique sur toute forme de pouvoir, la définition identitaire et morale de l’individu face à l’intérêt du groupe, sont autant de sujets qu’Erwan Desbois va se faire fort d’éclairer à la lumière de références croisées, véritables démonstrations de la richesse philosophique (Platon étant régulièrement cité), politique (le spectre du 11 septembre 2001 planant sur ses récits), et populaire (notamment l’influence de Steven Spielberg, véritable figure tutélaire) des histoires déployées par J.J. Abrams au sein des séries qu’il produit (Lost donc, mais aussi 22.11.63 ou Westworld), ou des films qu’il réalise.

Au-delà de l’icône et du golden boy hollywoodien qu’il est devenu, faisant de lui l’une des figures les plus puissantes du cinéma contemporain, Erwan Desbois s’attache, au cours de la centaine de pages constituant son Éternel Recommencement, à mettre en exergue et à réhabiliter la réelle dimension artistique de J.J. Abrams, ainsi que la profondeur mésestimée de son travail.

On aura beau sentir constamment l’adhésion pleine et entière de l’auteur à l’univers et aux thèses de ce dernier, la précision de son analyse et la qualité de son argumentation auront tôt fait de balayer les doutes d’une quelconque subjectivité latente, au profit d’une démonstration aussi documentée que convaincante.

Si J.J. Abrams ou l’éternel recommencement ne réconciliera sûrement pas les détracteurs d’Abrams avec son œuvre, il n’en reste pas moins un ouvrage pertinent,  et plus que tout, important, en particulier pour qui souhaitera davantage comprendre les dynamiques à l’oeuvre derrière la logique des remakes et autres reboots auxquels Abrams doit son succès, et dont il a fait (pour le meilleur et pour le pire) sa marque de fabrique.

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