Orpheline – Soudain le vide

Avec Enter The Void de Gaspar Noé, soyez frustrés ou rassurés, Orpheline ne partage rien, ou presque. Presque, car à l’instar de ce dernier, se rendre au terme du visionnement est une épreuve dont on ressort profondément sale et déprimé, en l’occurrence moins d’un point de vue sensoriel que thématique.

Ce à quoi Arnaud des Pallières nous convie, c’est en fait peu ou prou une descente aux enfers, faite de fatalité, de mauvaises rencontres, et de mauvais choix. Quatre générations de femmes, quatre situations, toutes plus tragiques les unes que les autres, sous un jour différent certes, mais non moins atterrant.

Dans cette entreprise de démolition en règle de toute foi en le genre humain (surtout du masculin), les motifs d’espoir sont si ténus, si minces et à double tranchant, que rien ne sera, pour les personnages bien sûr mais aussi pour le spectateur, réellement gratifiant. Dans Orpheline, le mensonge se paie au prix fort, une dette, quels que soient les actes, doit être remboursée, en espèce ou en nature. À la dure.

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Nous voilà donc condamné à souffrir avec ces quatre (parfois très jeunes) femmes, subissant les pires sévices : battues, exclues, probablement violées, quoi qu’il en soit manipulées. En bas de la chaîne alimentaire, sociale, familiale, ou systémique. Si le décrochage scolaire sera un facteur forcément aggravant, la reprise des études, leur concrétisation, ne feront quant à eux que retarder l’échéance, ce moment fatidique où les fantômes du passé ressurgissent et viennent tout emporter.

Une gradation dans l’horreur qu’Arnaud des Pallières va s’attacher à faire éclater, en croisant les destins, en rompant la chronologie pour mettre en scène un jeu d’échos au sein duquel les quatre générations finissent par se répondre et se confondre.

Ce que l’on comprend bien vite, c’est que si d’échappatoire il n’y aura guère, le lit de leur destinée aura de toutes façons été depuis bien longtemps entériné. À ce fatalisme duquel il n’y a rien de positif à retirer, Arnaud des Pallières oppose alors une structure originale à même de relancer l’intérêt.

En entrelaçant constamment les segments concernant l’une ou les autres protagonistes, en structurant son récit sous forme de chapitres entre eux pourtant déconstruits, des Pallières cherche à piquer la curiosité, à questionner, à distiller au compte-gouttes les bribes d’informations qui permettront de faire le pont entre ces quatre femmes.

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Il faut d’ailleurs bien ça afin de passer outre les disparités à l’œuvre aussi bien du point de vue de l’interprétation que de la mise en scène qui, une fois l’effet de surprise quant à son parti-pris évanoui, se fait plus passe-partout, plus anonyme. En fait, sans réel relief ou facteur différenciant : empêchant de facto Orpheline de se placer au-dessus de la mêlée, et de sortir du rang.

Alors, on s’accroche, autant qu’on le peut, au devenir anxiogène au possible de ces femmes, du reste attachantes, étonnamment résiliantes. On se prend de sympathie pour celles-ci, on en viendrait même à souffrir avec elles…

… jusqu’à éprouver une sensation de trop-plein coudoyant l’artificiel.

Car à force de ne pas ménager ses personnages, Arnaud des Pallières tend à tomber peu à peu dans une forme de misérabilisme complaisant, expurgeant par le fait même toute sincérité de sa démarche, alourdissant un propos dont la noirceur aurait gagné à être pondérée pour véritablement y adhérer.

D’Orpheline, restera donc cette sensation de vide émotif amère et pesante, dont il est alors bien difficile de se départir. Peut-être pour le meilleur si l’on aime souffrir. Les autres, eux, pencheront probablement pour le pire.

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Film vu dans le cadre du Festival Cinemania 2017.

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