Dans la brume – À bout de souffle

 

Voilà une idée que Stephen King n’aurait sûrement pas reniée. Son The Mist, ainsi que la fabuleuse adaptation cinématographique réalisée par Frank Darabont, ont manifestement trouvé écho auprès de Guillaume Lemans, scénariste de Dans la brume, et de son réalisateur, Daniel Roby. Après un tremblement de terre aussi soudain qu’anormal, un mystérieux brouillard s’échappe des bas-fonds de Paris et envahit ses rues, dès lors saturées d’un air toxique tuant inexorablement quiconque en inhalera la moindre bouffée. Quant au pourquoi du comment, ne comptez pas sur Daniel Roby pour vous en fournir les clés : le voile sur l’origine de ce fléau ne sera jamais levé. Le prix à payer pour garder intacte toute la force du postulat, intrigant et fragile à la fois.

Intrigant par nature, où le mystère fait loi, où la dimension fantastique du récit peut s’exprimer pleinement, sans qu’explications usuelles et hasardeuses ne viennent torpiller l’ambiance et l’univers ainsi créés. En ancrant leur histoire à Paris, Guillaume Lemans et Daniel Roby ont ainsi opté pour une imagerie familière, corrompue dès l’irruption de la brume. Outre l’évidence de l’identification aux lieux et aux personnages, l’approche présente également l’avantage non négligeable d’éviter toute mise en contexte superflue, instillant le malaise et le trouble par la simple altération du connu. En résulte alors quatre-vingt-neuf minutes d’une histoire allant avant tout à l’essentiel, faisant de Dans la brume un film à la durée agréablement contenue, là où tant d’autres se sont, sur ce point, au contraire perdus.

Postulat néanmoins fragile, car qui dit simplicité dit souvent nécessité de meubler. Quatre-vingt-neuf minutes, c’est en soi peu, c’est aussi beaucoup lorsqu’il y a au demeurant peu à raconter. Guillaume Lemans a donc en conséquence choisi d’articuler sa trame autour de Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko), dont la fille, atteinte d’une maladie génétique rare, doit vivre dans une chambre stérile. L’irruption de cette brume, couplée à la panne d’électricité résultant du séisme, va ainsi mettre en péril le bon fonctionnement de cette bulle hermétique, et par là même, mettre en danger la vie de Sarah. De catastrophe à l’échelle d’une population, Dans la brume passe alors à celle d’une cellule familiale, pour mieux se recentrer sur une histoire à taille humaine (par ailleurs probablement plus en phase avec son budget). Si Daniel Roby autorise à ses personnages quelques échappées à l’extérieur de l’immeuble dans lequel ils ont trouvé refuge, c’est bien un huis clos qui va s’installer et encadrer la structure du film. Or si les séquences prenant place dans les rues de Paris sont animées d’une énergie et d’une tension savamment entretenues, celles plus intimes, faisant la part belle aux sentiments et à l’humanité des différents protagonistes, détonnent par un manque de naturel patent. Qu’il s’agisse de Romain Duris ou d’Olga Kurylenko (voire même de (Fantine Harduin, la jeune actrice incarnant leur fille à l’écran), tous semblent réciter leurs dialogues de manière mécanique, et ce alors qu’ils se montrent pourtant tous deux convaincants lorsque l’action se met en branle, ou lorsque Daniel Roby ménage des moments de silence, de non-dits, de simples regards échangés ; rares instants où les comédiens semblent enfin incarner viscéralement leurs personnages, et réellement se lâcher. Le caractère artificiel de certains dialogues, outre le manque d’empathie, a ainsi pour conséquence principale une mise en distance dommageable quant au devenir des protagonistes. La dissonance entre la gravité de la situation et la crédibilité toute relative de leurs réactions n’aidant pas non plus à se sentir impliqué, difficile en conséquence d’être véritablement touché. Et ce ne sont pas les quelques facilités d’usage (le fait que Mathieu et Anna soient tous deux scientifiques, et donc armés pour comprendre et s’adapter ; que Mathieu soit un as du corps-à-corps au point de mettre à l’amende un flic rompu à l’exercice), ou les élans pseudo-poétiques (les séquences oniriques, au ralenti, assez kitschs) qui sauveront Dans la brume du commun des productions du genre.

Si la force de son concept lui permet de maintenir l’attention et l’intérêt sur la longueur, on ne pourra que regretter que Guillaume Lemans et Daniel Roby n’aient pas eu suffisamment foi en lui pour mettre en scène un véritable survival qu’un tel sujet réclamait, au profit d’un drame familial convenu et sans véritable surprises. De là à dire que l’enthousiasme autour du film s’avérait finalement un rien surfait…

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Film vu dans le cadre du Festival Fantasia 2018.

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