A Rough Draft – Boulette russe

Doit-on voir dans le titre un pied de nez de la part de Sergey Mokritskiy en même temps que sa note d’intention ? Certes, nous voilà face à l’adaptation d’une œuvre tout droit sortie de l’imaginaire de Sergeï Lukyanenko, l’auteur derrière Night Watch de Timur Bekmambetov, superproduction (à l’échelle de la Russie) ayant fait le buzz en 2004 à défaut d’être réussie. Il n’empêche, transposition ou non, difficile de voir dans cet OFNI (pour rester poli) comme seul peut en proposer le Festival Fantasia autre chose qu’un brouillon.

D’un ambitieux film de science-fiction, dont l’idée de départ – du jour au lendemain, un jeune concepteur de jeux vidéo à succès n’existe officiellement plus, disparait des registres d’état, et n’est plus reconnu par les siens – pouvait engendrer les espoirs les plus grands et les idées les plus folles. Une folie dont A Rough Draft ne manque de toutes façons pas. D’ailleurs, tout est fou dans le film de Sergey Mokritskiy. De la réalisation faisant la part belle aux ralentis d’un autre âge et aux mouvements de caméra syncopés, à la production design d’un mauvais goût consommé, en passant par le jeu risible des acteurs tant ils se montrent solennels, grandiloquents et premier degré, tout concours dans A Rough Day à provoquer l’hallucination, moins par la force de sa proposition que par la médiocrité de l’ensemble, dont les parties prenantes n’ont même pas l’air d’avoir elles-mêmes conscience. 

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On ne pourra donc pas leur reprocher de tout donner, de faire au moins semblant d’y croire, de tenter de donner vie à un scénario insipide et idiot. On en viendrait même à éprouver une certaine tendresse lorsque Mokritskiy tente des mouvements de grue incongrus en accéléré pour rythmer sa mise en scène. À sourire lorsque Kirill, le personnage principal, embrasse passionnément l’amour de sa vie, dans un cadre digne des plus kitchs des télénovelas. Mais surtout à hurler de rire lorsque le même Kirill se bat, en plans surdécoupés et à deux images par seconde s’il-vous-plait, avec des poupées russes géantes et surarmées.

N’ayons pas peur des mots, A Rough Draft est de ces films qui feraient passer du Uwe Boll pour du Kubrick. Du Roland Emmerich pour du Tarko. En somme, de la série Z bien fauchée sous des atours de série B, objectivement affligeante, lorsqu’elle ne se montre pas, lors de rares envolées dramaturgiques, simplement consternante. Néanmoins, avec une bonne rasade de vodka dans le sang, ainsi qu’une grande dose d’inconscience au corps, sous réserve (tout de même) d’avoir du temps à tuer, l’expérience (car c’en est une) peut éventuellement valoir la peine d’être tentée…

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Film vu dans le cadre du Festival Fantasia 2018

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