Summer of 84 – Les fripons de l’angoisse

Plus dure pouvait être la chute. Après le succès surprise de Turbo Kid, hommage bis, gore et outrancier au Mad Max de George Miller version encore plus fauchée, le collectif RKSS se devait de transformer l’essai, d’imposer sa patte, ses idées, et de démontrer que son talent n’avait rien de surfait. Pas question pour autant pour Anouk et Yoann-Karl Whissell, ainsi que François Simard de délaisser leur cinéma référentiel nourri aux films de genre des années 70 et 80, et de s’affranchir complètement de leurs figures tutélaires (John Carpenter et Stephen King notamment). Summer of 84, plus que l’affirmation d’une vision, se fait ainsi le chantre d’un goût certain pour l’hommage savamment digéré, et la réappropriation consciente et assumée de thématiques et de concepts maintes fois traités. Une démarche que l’on aurait sûrement aimé plus osée, mais que RKSS a réussi à suffisamment bien doser pour, outre la facilité inhérente à ce genre d’exercice, faire exister un cinéma sincère et techniquement soigné.

Si l’imagerie convoquée suit sans détours des chemins balisés, empruntant allègrement à Ça et à Stranger Things jusque dans la composition de certains plans (ah ces incontournables travellings de bicyclettes à hauteur de roue), Summer of 84 a néanmoins de la répartie à revendre, en jouant habilement sur l’agencement des genres (le drame, le thriller, le survival, voire l’horreur) pour proposer une expérience sentant certes le déjà-vu par certains aspects, mais réussissant dans le même temps à déjouer les attentes par sa qualité d’écriture et sa justesse d’interprétation.  En ayant compris que la force d’un métrage de ce type tenait avant tout à la cohésion du groupe mis en scène, RKSS s’est assuré une adhésion immédiate et un intérêt constant, reléguant par là même au second plan tout ce qui dans l’imaginaire collectif pourrait désormais apparaître redondant.

Scolaire mais maîtrisé, déférent mais éclairé, Summer of 84 n’est pas (encore) le grand film que le potentiel de RKSS peut toujours laisser espérer, mais remplit toutefois largement son contrat en tant que bon teen movie horrifique à recommander pour frissonner au coeur de l’été.

summer_of_84_bande

Film vu dans le cadre du Festival Fantasia 2018

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s