Mad Max : Fury Road – Que Truck Nourrisse

« At least that way we’ll be able to… together… come across some kind of redemption. »

Une tarte en pleine poire. Un gâteau sans besoin de cerise. Un rhum du meilleur cru, et peu l’ont cru ? Un chef d’œuvre, la critique l’a dans le baba.

Un film ? Pensez donc ! Un excellent film alors ? Pensez plus fort.

Ce à quoi nous avons assisté, ce n’est pas à la projection d’un simple long-métrage de science fiction, aussi excellent soit-il. C’eût déjà été beaucoup. Non, ce qui nous a été conté, c’est une profession de foi.

Une foi inébranlable en son média, en son histoire, en ses personnages. Surtout, en sa vision d’un Cinéma pensé et rêvé plus Grand.

Un coup de scalpel de quelques minutes, l’âme acérée, et le docteur Miller met tout le monde d’accord : un plan, une ligne d’horizon oblique, une occupation totale de l’espace. Le regard de Max vers le lointain, les événements à venir dans son dos.

Celui-dont-le-film-ne-doit-pas-prononcer-le-nom fuit vers le large, quitte le cadre d’un côté, la horde du pourchassé le transperce de l’autre. Un seul mouvement de caméra, l’Interceptor en ligne de fuite : pas un mot, pas un murmure.

Max, métal pantomime, rattrapé, capturé, échappé, de nouveau capturé. Les plans se croisent et se décroisent dans une chorégraphie virtuose au rythme soutenu et heurté comme aux plus belles heures du muet. La musique déchire l’écran, amphét’ théâtre laconique et taciturne, faisant corps avec son héros, un symbole à l’image du film : la primauté du cadre sur la logorrhée.

Le verbe se soustrait au mouvement, caméra volante, personnage à part entière. Expression trop souvent galvaudée, ici réalité. Une narration mue par l’image et sa composition picturale, des peintures d’une profondeur ahurissante, iconiques et violentes. Une mise en scène, instrument de feu et de flammes, une guitare maîtrisée de main de fer.

Prenez-en la corde. Linéaire, inerte. Imaginez-la désormais mue par le doigté d’un virtuose du jeu, ondulant au gré d’une partition transcendée, ployant sous les coups rageurs du soliste, métal hurlant, révélant en mouvement toute sa richesse.

Une richesse thématique stupéfiante, convoquant imagerie post-apo et universalité de propos, plaçant au cœur de ses problématiques Imperator Furiosa, Charlize Theron furie blonde, femme forte tête, égale humanisée d’un Max, hardi Mel Bronson, au statut déjà acquis, fantôme de chair, ange vengeur d’un monde qu’il hante au gré de ses péripéties.

Deux personnages solitaires, dont la rédemption viendra d’une alliance de circonstances, faisant place plus tôt que trop tard à un respect des plus profonds. L’unité pour salut, et par là-même, celui de la Citadelle, dans le choc des corps et la (trans)fusion des êtres. Une course-poursuite aller-retour salvatrice, l’épique dehors, machines rutilantes de poussière mordantes, enveloppes de chair triomphantes.

Féministe ? Progressiste ? Profondément humaniste et optimiste, c’est sûr. Nos sociétés font preuve d’un cynisme déprimant, par bien des côtés régressif : Miller, lui, l’incisif, connaît la musique.

Sublimant ce fatras de rouille et d’os, de métal et de grosses cylindrées, le chef d’orchestre et son compositeur Tom Holkenborg donnent le la, mènent au score, et gagnent aux poings.

Cette symphonie apocalyptique, ce concert barré-rock, sous des atours de simple « actioner » parle aux sens et touche le cœur.

Un ballet éprouvant, dont on ressort rincé, épuisé par tel déluge pyro-sensible.

UneMadate dans l’histoire du Cinéma.

Un monumMaxent.

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11 commentaires

  • En voilà de l’éloge qu’elle est conséquente (et très bien tournée) !
    Pas d’ac sur l’analyse. Techniquement et esthétiquement irréprochable c’est indéniable, je me suis même par moment laissé prendre au jeu de cette course effrénée… mais… pas assez manifestement. L’esthétique ne suffit pas! Je veux du scénar bordel! Le fond de l’histoire donne matière à creuser, à aller bien plus loin => « Féministe ? Progressiste ? Profondément humaniste et optimiste, c’est sûr. »
    Malheureusement, je crois que ce blockbuster, artistiquement plus impressionnant que la moyenne, colle parfaitement à ce qu’une population « lobotomisée » attend du cinéma: « oh que c’est joli! en plus c’est bien ça traite de problèmes importants, hein. »
    Bref ce film a beau envoyer du pâté je suis resté sur ma faim 😉
    Baz

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  • Alors en fait, il y a plusieurs choses dans ce que tu évoques concernant Mad Max :

    – d’une part, je pense sincèrement que tu te méprends sur l’objectif de Mad Max 4 et des intentions du réalisateur. Il ne faut jamais décorréler la genèse d’une œuvre de son résultat. Et en l’occurrence, George Miller a mis quinze ans à monter le projet, à trouver les financements pour que sa vision soit respectée à l’écran, et ce sans concession, alors qu’il aurait pu le financer depuis des années. On reste donc déjà loin du film pré-mâché à la Marvel.

    Miller n’a jamais fait de films pour public lobotomisé : il suffit de voir les Babe, les Happy Feet (quoi qu’on pense des films), ou des Mad Max, ou de Lorenzo pour constater que ses œuvres sont toujours à plusieurs niveaux de lecture, moins intellectualisées que les films des Coen, mais plus sensitives.

    – car c’est une des forces du cinéma de Miller : si les scénarii peuvent paraître d’une simplicité confondante, il fait partie des derniers rares cinéastes à penser son cinéma avant tout en termes de mise en scène, par laquelle tout (message, émotions, etc) passe.

    On peut penser à Gravity, Collateral de Michael Mann, The Girl With the Dragon Tattoo de Fincher et j’en passe, qui sont exactement du même acabit.

    Son atout principal, c’est justement de prendre des trames narratives épurées au possible pour mieux construite l’univers, poser les personnages et les faire évoluer.

    Simple ne veut pas dire simpliste, tu ne le sais que trop bien 😉

    – Mad Max 4 n’est justement pas un film qui lance des idées préconçues en disant « eh regardez, en fait je suis profond ». Non, c’est un film qui se vit (et qui donc peut laisser sur le carreau pour peu qu’on n’arrive pas à entrer dedans), qui s’éprouve, se ressent, et pendant lequel tu te laisses porter par le flow.

    C’est seulement après que l’analyse thématique se produit, où le propos rejaillit, où la richesse de l’univers saute aux yeux, et pour le coup, une nouvelle fois, on reste bien loin d’une œuvre pour public neuneu qui aime se faire caresser dans le sens du poil.

    – d’ailleurs, il suffit de regarder ses résultats au box-office pour voir que Mad Max reste un film de niche, à gros budget certes, mais aux résultats assez médiocres au vu de son ambition. On parle de cinq fois moins de recettes qu’un Marvel ou un Jurassic World. Donc ça reste un cinéma qui s’adresse aux cinéphiles ou à un public alternatif, chose qu’étaient déjà les trois premiers Mad Max.

    – pour faire un parallèle osé mais que j’estime néanmoins pertinent, je comparerais Mad Max 4 à La Route de Cormac McCarthy : ce sont des œuvres « sfumato », qui te happent dans un univers peu décrit, aux thématiques à peine effleurées, et qui pourtant sont d’une profondeur absolue, et qui hantent des jours durant après la fin du visionnage ou de la lecture.

    Bref, qu’un Jurassic World, Avengers 2, et consorts soient des œuvres désincarnées tombe sous le sens (et ce n’est pas être mainstream que de l’affirmer), mais faire l’amalgame avec un Mad Max 4 qui reste un exemple d’intégrité artistique absolue à grand déploiement, là j’avoue que j’ai plus de mal à te suivre 🙂

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