Le rêve de Walaa – La lumière (tamisée) au bout du tunnel

Quel avenir se forger lorsque son pays en est lui-même privé ? Quelle direction donner à son existence, quand le monde autour de soi (amis, famille, parents) vit dans un état de siège permanent ? Surtout, comment conserver son innocence et ses idéaux, dans une société assiégée où l’on exige des plus jeunes d’être grands et responsables bien trop tôt ? Privée d’un père ayant fui femme et enfants pour embrasser une nouvelle vie en Jordanie, éloignée pendant huit ans d’une mère emprisonnée dans les geôles israéliennes, Walaa Khaled Fawzy Tanji, jeune palestinienne forte tête, est une femme à qui on ne la fait pas. Elle en déjà trop vu, déjà trop subi pour ça. Sa vie sera donc au service de sa patrie, ou ne sera pas. Et qu’importe si sa mère tente (légèrement) de l’en dissuader : Walaa est bien décidée à venir gonfler les rangs des forces de sécurité palestiniennes, de la police ou de l’armée. Reste un gros problème avec l’autorité qu’elle va devoir apprendre à canaliser. À la dure, la révolte néanmoins jamais très loin. L’indignation, sans filtres ni réserves, d’un cœur pur.

WhatWalaaWants_still-3Cette jeune femme, Christy Garland l’a suivie pendant cinq ans. Filmant l’adolescente grandir sous ses yeux, la révoltée intégrer les forces de sécurité, la frondeuse idéaliste se mettre au service de la communauté. Avec elle, ce sont les tourments intérieurs des territoires palestiniens que la cinéaste a su capter, où le désir de reconnaissance le dispute à la soif de revanche. L’aspiration à une vie normale, où les gens auraient un logement, un emploi, un salaire, dans le même temps parasitée par une colère sourde, prête à s’embraser à tout moment. Un jeu de miroir entre l’individu (Walaa) et la société (la Palestine) adéquatement dosé par Christy Garland, qui s’est avant tout attachée à rendre justice à son personnage principal, pour mieux en faire l’écho et la porte-voix d’une jeunesse en quête de sens et de liberté ; une chimère pour nombre de jeunes désœuvrés (dont Mohammed, son frère adoré), pour lesquels croupir dans les prisons israéliennes devient presque un sort plus enviable que de rester dans celles de béton, isolées par Le Mur, qui leur servent désormais de maisons. Devenir un martyr pour seul moteur, pour seule option. Par l’entremise de Walaa et de ses proches, la cinéaste en dit ainsi très long quant aux dynamiques régissant les relations inextricablement conflictuelles entre israéliens et palestiniens. Quant au gouffre séparant deux peuples qui ne se voient pas, et ne se considèrent même plus. En ayant axé son œil et sa caméra quasi-exclusivement sur Walaa, Christy Garland s’est assurée une sympathie et une adhésion évidentes : cette jeune femme crève magnifiquement l’écran de par sa spontanéité, sa détermination, son caractère indomptable et ses réactions parfois insaisissables. Un attachement sincère qui est pour beaucoup dans l’intérêt et l’attrait du Rêve de Walaa, documentaire de personnages plus qu’une véritable étude sociologique et politique. La grande histoire vue à l’échelle d’un(e) individu.

En soi une force manifeste, autant qu’une limite pour Christy Garland. En n’allant guère plus loin que son postulat de départ, la cinéaste fait all-in sur la capacité de Walaa à porter sur ses épaules l’intérêt du film, et la somme de ses enjeux. Un parti-pris ambitieux, réussi bien souvent (grâce une nouvelle fois à sa présence et son naturel désarmants), qui occulte néanmoins, par la force des choses, les autres protagonistes la plupart du temps. En particulier Mohammed, qui aurait à coup sûr mérité que l’on s’attarde un tant soit peu sur ses propres blessures, sa propre quête de repères. Lui, qui évolue dans l’ombre de sa grande sœur, et qui, à partir de manques partagés, fait des choix de vie pourtant nettement moins sensés (Pourquoi ? Comment ? Des questions dont les réponses resteront en suspens). En circonscrivant son point de vue à Walaa, Christy Garland se contente finalement des évidences, exposant les faits sans vraiment aller au-delà, et n’approfondissant que trop peu sa matière pour faire du Rêve de Walaa un appel à y revenir, pour intellectuellement (et humainement) s’enrichir. L’approche empirique du film laisse donc – malheureusement -quelque peu sur sa faim : dans l’analyse, la réflexion, ainsi que dans les choix musicaux (très mélodramatiques) et la démarche esthétique (pas toujours très bien tenue, notamment lors de séquences en shaky cam malvenues), la cinéaste avait sûrement les moyens de pousser les curseurs beaucoup plus loin.

En l’état, il faudra donc se contenter d’un portrait bienveillant (même si bien sage) d’une femme qui a toutefois de quoi en remontrer à bien des personnages de fiction. Parfois irritante dans son entêtement, plus sûrement touchante dans sa naïveté et ses doutes, définitivement fascinante dans sa détermination. Pas de quoi sauter au plafond, mais suffisant pour ressortir plutôt satisfait de sa projection.

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Film vu dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal 2018

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