L’amour – Le Lacrymal Circus

Prenez une pose tétanisée. Aux mouvements lents, robotiques, aux élans empesés lourdement calculés. Ajoutez-y un regard vitreux, l’air hagard aux bord des larmes. Les lèvres pincées, la voix tremblotante aux sanglots réprimés. Pas de doutes, surprise : nous allons assister à un véritable drame. Cinq minutes, c’est peu ou prou le temps qu’il faudra pour lister tout ce sur quoi L’amour se ratera. Et tout ce qui fera que le troisième film de Marc Bisaillon ne s’élèvera pas, lui non plus, au-dessus du niveau très moyen du cinéma de fiction québécois contemporain.

DSC00714C’est simple, L’amour tombe un à un dans tous les écueils que ses thématiques convoquent trop souvent. En premier lieu desquels ce sempiternel penchant pour la dictature émotive et le larmoyant. Tout un paradoxe, lorsqu’on constate à quel point Marc Bisaillon ne cherche pourtant jamais à aller au-delà de l’horreur des faits (le harcèlement en milieu scolaire, la pédophilie), partant du principe que le sentiment de révolte, d’injustice, ainsi que l’empathie qu’il cherche à nous faire éprouver en découleront naturellement de manière évidente. Évacués, donc, tout effort de mise en scène, tout questionnement sur le langage, pour faire naître l’émotion non pas du « c’est comme ça », mais bien des spécificités du média. Pour compenser ces limites criantes (en dehors d’un travail notable sur le montage, faisant le pari d’une déstructuration du récit qui, à défaut d’apporter quoi que ce soit à la dramaturgie, a au moins le mérite de se risquer à un peu de nouveauté), le cinéaste a abattu la carte de l’esbroufe : celle conduisant les acteurs à surjouer (souvenez-vous, les gros yeux embués), à plonger dans la caricature de personnages meurtris et affectés, question de bien faire comprendre au spectateur que s’il a un cœur, il devrait hors de tout doute être touché. Une manière de dicter l’émotion et l’opinion qui, si elle pourra éventuellement trouver écho auprès des mordu(e)s de mélos, ne résistera pas pour les autres à l’absence totale de naturel et de crédibilité, ainsi qu’au sentiment de déjà-vu qui émane en permanence d’un métrage si prévisible dans ses enjeux et ses ressorts dramatiques, qu’il en devient au final tristement inoffensif.

Se pose donc la question de l’intérêt d’un film que l’on a constamment l’impression d’avoir vu mille fois ailleurs, en mieux et avec bien plus de saveur. Au même titre que l’on conseillera (presque) toujours le visionnement de l’original aux dépends de son remake ni fait ni à faire, autant consacrer la durée de L’amour à (re)voir de véritables propositions sensibles et jusqu’au-boutistes telles que We need to talk about Kevin, Jusqu’à la garde, ou encore Little Children sur des thèmes similaires.

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