Avengers : L’Ère d’Ultron – Le cinéma Canada Dry

Le Marvel Nouveau, c’est un peu comme le Beaujolais. Tout le monde en dit le plus grand mal le moment venu, mais ne peut s’empêcher de l’attendre avec impatience chaque année. Un rendez-vous annuel à ne surtout pas manquer, quelle qu’en soit sa qualité, énigme culturelle insoluble opposant l’enthousiasme souvent aveugle des fidèles au scepticisme des autres.

Avengers : L’ère d’Ultron n’échappe donc pas à la règle : ardemment attendu, et finalement mal fichu. N’en déplaise à beaucoup, le cru Marvel 2015 est malheureusement aussi mauvais que les précédents. Pire, une insulte éhontée envers son média, et non sans un certain cynisme, envers ses propres spectateurs.

Lesté d’un scénario-prétexte où Ultron, échec créatif (tout un symbole) de Tony Stark et Bruce Banner et grand méchant de ce nouvel épisode, n’aura de cesse de chercher à asseoir sa domination et sa toute-puissance sur une planète et une humanité qu’il abhorre, Avengers 2, à défaut de délivrer la suite « plus grande, plus folle, plus tout » tant attendue, marque une pause dans la gradation Grand Spectacle pour tenter de mettre au premier plan la profondeur psychologique de ses héros. Intention louable sur le papier, exploiter le trauma de ses héros en tant que moteur narratif n’ayant en soi rien de nouveau au sein des adaptations de comic-books (coucou X-Men), mais reste néanmoins un des moyens les plus efficaces pour susciter émotions et empathie, tout en étant un vecteur d’expression visuelle fort. Joss Whedon, créateur de Buffy Contre les Vampires et Firefly, est du reste souvent loué pour sa capacité à gérer cette problématique et s’est même vu porté aux nues lors de la sortie du premier Avengers, pour avoir justement su faire cohabiter des héros aux caractéristiques aussi dissemblables.

Seulement, après ce premier essai aussi efficace qu’oubliable, Whedon se prend cette fois-ci littéralement les pieds dans le tapis, où par force d’humanisation à la truelle de ses personnages, ceux-ci se voient totalement vidés de leur essence super-héroïque, resserrant leurs traumas et leurs états d’âmes autour de problématiques aussi mièvres que mal traitées.

Admirer Hawkeye jouer au bon père de famille propret au grand cœur, ou Black Widow se voir cantonnée, dans un élan scénaristique à la misogynie latente (pourtant étonnant de la part du père de Buffy…), au rôle de la femme aimante et dévouée n’aspirant qu’à une vie paisible et rangée prêterait presque à rire si le cynisme généralisé de l’ensemble n’en devenait pas si affligeant. Sans oublier le défilé de personnages sans réelle caractérisation ni implication émotive (on pense notamment aux jumeaux Maximoff, seulement sauvés par le talent d‘Elizabeth Olsen et Aaron Taylor-Johnson, faisant beaucoup avec trop peu), et un méchant charismatique sabordé par une intrigue artificiellement complexifiée.
Difficile également de passer outre des scènes de sauvetages à la dramaturgie inexistante et au message d’une naïveté flirtant dangereusement avec le nauséeux (« soldats, nos vrais héros ! »), confirmant si besoin était le degré de je-m’en-foutisme atteint par un Marvel en roue libre, dont l’objectif principal ne reste finalement pas tant de raconter une histoire à grand déploiement au sein d’un univers cohérent comme le voulait la promesse initiale, que de fournir une marchandise annuelle pré-mâchée écrite à la va-vite, produit dérivé parmi tant d’autres, sous couvert d’un spectaculaire à grand renfort d’effets spéciaux relevant davantage d’une volonté d’amortir les infrastructures d’ILM que de soutenir le propos d’un metteur en scène aux abonnés absents.

Aux abonnés absents, mais ayant néanmoins, et c’est à noter, réalisé un véritable tour de force : conférer à un blockbuster doté de plus de deux-cent millions de dollars de budget la consistance visuelle d’un téléfilm pré-Les Soprano.

Direction photo indigente, aux dominantes grisâtres pseudo-réalistes d’une fadeur sans nom, mise en scène plate, et par laquelle, comble du comble, aucun super-héros ne se voit magnifié à l’écran, séquences d’actions sans saveur, rythme narratif souffreteux… Quand Spiderman 1 et surtout 2, X-Men : First Class ou Days of Future Past, les Hellboy et Blade 2 de Guillermo Del Toro, ou The Dark Knight délivrent de vraies propositions de cinéma sans renier leurs racines bédéiques, Avengers 2 ne réussit jamais à sublimer sa condition de produit marketing formaté, alignant les passages obligés sans la moindre volonté de bien-faire, rongé par un dilettantisme artistique confinant au mépris, emportant dans sa chute nombre de créatifs pourtant talentueux, avec en point d’orgue un Danny Elfman que l’on a connu nettement plus inspiré….

C’est d’autant plus triste que certains personnages et certaines thématiques auraient mérité un tout autre traitement : la relation ambigüe à la limite de l’inceste entre les jumeaux Maximoff aurait gagné à être nettement approfondie, l’omnipotence d’Ultron à travers l’ensemble des réseaux de la planète reste une idée forte jamais exploitée à l’écran, et les tensions idéologiques entre Captain America et Iron Man ne deviennent jamais le ressort dramatique qu’elles auraient dû être, simple teasing du futur Captain America : Civil War

C’est bien là tout le paradoxe d’Avengers 2 : se présenter comme un monstre filmique à l’appétence débordante, issu d’un vivier narratif d’une incroyable profondeur, au budget pharaonique à même d’asseoir ses ambitions, pour finalement se voir rabaissé au rang de simple produit dérivé, incapable de se suffire à lui-même en tant que film plein et entier, devant vendre du jouet au lieu de vendre du jeu.

Que l’on soit cependant rassuré : au vu du carton annoncé, et du planning à venir, l’Ère des Étrons ne fait définitivement que commencer.

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