La Caméra de Claire – Le faux du vrai

 

Après plus de trente ans de mariage, Hong Sang-soo demande le divorce, une fois sa liaison avec Kim Min-hee, l’actrice principale de ses deux derniers films, révélée au grand jour.

Le synopsis de La Caméra de Claire ? Vous n’êtes pas très loin. « Closer », comme diraient les anglais. Il s’agit en fait bel et bien de celui de l’année 2016 du metteur en scène sud-coréen.

Une séparation donc, événement déjà loin d’être anodin pour l’individu, qui l’est finalement encore moins pour le cinéaste. Difficile ainsi de ne pas voir en La Caméra de Claire le manifeste d’un réalisateur aux prises avec ses atermoiements sentimentaux, dont l’art en serait le salut.

Un débordement littéral du réel dans la fiction, tant le scénario du film ressemble trait pour trait à ce qui a fini par se produire dans la réalité. Dans La Caméra de Claire, Manhee (Kim Min-hee, décidément habituée aux rôles ambigus après Mademoiselle de Park Chan-wook), employée d’une boîte de production venue présenter le film du réalisateur So Wansoo à Cannes, est licenciée par Nam Yanghye, sa supérieure et compagne du réalisateur. « Une confiance perdue à jamais », voilà ce que déclarera cette dernière à Manhee (feignant elle l’ignorance), au moment de lui annoncer son renvoi.

On apprendra pourtant bien vite que cette perte de confiance ne doit rien au hasard, Manhee ayant entretenu une liaison avec So Wansoo. Personnage en pleine crise de la cinquantaine, cynique porté sur la bouteille, ce dernier ne cachera jamais rien de ses fautes ni de ses travers, tout en se permettant de faire preuve d’un paternalisme étonnamment jamais questionné.

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Face à lui, sa femme et associée, cherchant à préserver son couple en éloignant le « fruit du pêché », tout en s’aliénant au passage en quémandant son époux sur le point de rompre de se « souvenir d’elle lorsqu’elle était encore jolie ».

Catharsis filmique ? Cri du cœur émotionnel où l’art se substitue à toute demande de pardon ?

Pour bien alourdir le propos, la figure de Claire (dans un hommage à peine voilé au film d’Éric Rohmer), incarnée par Isabelle Huppert dans un rôle-miroir à celui qu’elle occupait dans Elle de Paul Verhoeven, troquant ses habits d’ange vengeresse pour ceux d’un ange gardien. Un appareil photo Polaroïd constamment à la main, la photographie étant selon elle le seul moyen de voir le monde (en particulier les gens) tel qu’il est vraiment. Le regarder, le retourner, l’observer, en prenant son temps.

Grâce à Claire, l’art (quel qu’il soit : photographie, cinéma, musique, …) devient dès lors vecteur de rédemption, ouvrant grand la porte aux secondes chances.

Mieux, l’objet lui-même est moteur de désir. Celui de se raccrocher à un passé oublié sous le poids de la nouveauté, passé avec lequel So Wansoo (ou Hong Sang-soo, c’est selon) cherche à renouer en désespoir de cause, ne sachant plus vraiment à quel saint se vouer. Voulant le beurre (Nam Yanghye), l’argent du beurre (la sécurité de sa collaboration professionnelle avec cette dernière), et la crémière (Manhee).

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Une psychanalyse à cœur ouvert, avec beaucoup (trop) de lui. Sans psy, mais avec des spectateurs, face à tant de partage introspectif, un rien démunis.

Une approche qui aurait pourtant pu se comprendre, à défaut d’être d’un point de vue thématique pleinement satisfaisante, si Hong Sang-soo avait opté pour une démarche inclusive, afin que l’auditoire puisse faire sien ses propres failles et ses doutes.

Or, c’est tout le contraire qu’offre le réalisateur sud-coréen, en s’enfermant dans une logique de « cinéma du réel » certes cher à La Nouvelle Vague, mais sans jamais en caresser ni la force ni la crédibilité.

À l’instar d’un Lars Von Trier dédiant son Antichrist à Tarkovski, la référence à Eric Rohmer ne manquera pas de faire grincer quelques dents, tant Hong Sang-soo passe à côté de ce qui faisait l’essence du cinéma de ce dernier : celle de faire naître le vrai par la qualité de l’écriture, et le choix sensé des mots.

Jusqu’au-boutiste dans sa méthode (celle de travailler sans scénario, avec un grand sens de l’impro), Hong Sang-soo s’est ainsi lui-même desservi, laissant ses acteurs enchaîner  de manière théâtrale les poncifs sur le sens de la vie, l’importance de l’honnêteté, pour un résultat pénible à regarder, globalement mal écrit.

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Lorsque le fond peine à fédérer, la forme peut permettre de l’outrepasser. Quelques expérimentations ci et là, quelques trouvailles et innovations à essaimer. Las, conteur (fatigué) plus que formaliste, Hong Sang-soo ne s’est pas montré davantage inspiré quant à la facture formelle de son film, échouant à sublimer son budget minimaliste pour ne proposer, in fine, que du désespérément classique.

Zoomer sur les visages. Dézoomer pour révéler les paysages cannois écrasant les personnages. Enchaîner séquences du présent et celles du passé. En gommer les frontières sans crier gare quitte à perdre sens et tenue. Voilà en tout et pour tout ce qu’Hong Sang-hoo a à offrir et montrer.

C’est peu.

Au vu du passif du cinéaste, il y a de quoi être étonné. Rappelant en cela David Lynch sur Inland Empire : certains crieront au génie, d’autres dont nous faisons partie n’auront aucun mal à hurler au déni.

Cent-mille dollars, ça fait tout de même cher l’heure de thérapie.

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Film vu dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma 2017.

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